Entretien avec ANNA VON HAUSSWOLFF : « Si vous connaissez une église avec un bon orgue, s’il vous plait, contactez-moi ! »

On en a déjà parlé ici : le nouvel album de la prêtresse ANNA VON HAUSSWOLFF, « Dead Magic », sortira bien le 02 Mars prochain chez City Slang Records. Pour l’occasion, nous avons eu la chance de poser quelques question à la musicienne, entre imagination, influence et histoires d’orgue, elle nous dit tout sur ce nouvel opus…
Julius : Comment décrirais-tu ton nouvel album ? Dans quel contexte a-t-il été écrit ?

Anna Von Hausswolff : Je le décrirais comme un énorme organisme cristallisé qui aurait flotté dans l’espace pendant un certain temps, mais il est entré en contact avec la gravité de la Terre et maintenant il est en train de chuter vers elle. Il semble fort, puissant dans l’air et sa couleur est transparente. J’ai écrit cet album quand j’étais moi-même dans une espèce de « chute », dans un état d’esprit passif. Je pensais avoir perdu tout contact avec mon imagination, avec ma créativité. Je n’avais pas d’énergie et je ne me sentais pas heureuse de jouer de la musique. Mais j’ai continué à jouer de la musique parce que c’est ce que je fais, ce que je fais de mieux. À travers la musique, j’espérais trouver un moyen de sortir de cet état d’esprit, et petit à petit je l’ai fait. J’ai senti qu’il y avait une contradiction dans la manière qu’avait de fonctionner mon imagination. C’est un outil merveilleux mais il peut aussi fonctionner contre lui-même, se dégrader et s’autodétruire. Mon imagination projetait en moi des idées noires qui me faisaient croire que je n’avais aucune imagination… Toutes les chansons de « Dead Magic » ont été écrites quand j’étais dans cet état d’esprit, mais je ne me souviens pas quand ni pourquoi je les ai écrites. Toutes ont d’ailleurs une nouvelle signification quand je les joue aujourd’hui.

Pour faire la promo de l’album, tu as choisi un poème de l’écrivain suédois Walter Ljungquist ( que vous pouvez retrouver ICI ! ), pourquoi ce poème ? Quel est le lien entre ce poème et ta musique?

J’ai choisi ce poème comme un encouragement pour les gens à creuser dans leur propre imagination pour donner un sens à ma musique. Je ne veux projeter aucune vérité ou idée dans les esprits des gens. Tout comme j’utilise mon imagination pour créer un lien personnel avec ces chansons, je voudrais que les autres le fassent aussi. Tu peux voir cet album comme un hommage à notre propre imagination.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur les textes ?

Pas vraiment… Juste que j’utilise des mots clés qui fonctionnent comme des lignes directrices. Ils sont là pour m’aider à entrer en contact avec l’émotion fondamentale de la chanson.

Quelles ont été tes principales inspirations, tes influences pour « Dead Magic » ?

J’ai été énormément inspirée par l’album « Atmospheres » de GYÖRGY LIGETI, il a tellement de textures et de sonorités, je peux me perdre dans ces paysages sonores qui se tordent et se meuvent sans cesse. Cela m’a inspiré à créer une harmonie entre les sons disharmoniques et harmoniques de l’orgue, à les combiner de manière à ce qu’ils flottent naturellement l’un dans l’autre. LIGETI utilisait une technique spéciale appelée composition micro-polyphonique lorsqu’il a écrit la musique pour « Atmospheres ». Cela ressemble un peu à « une grappe de sons » mais au lieu de travailler avec le son de manière linéaire où vous posez simplement des lignes statiques pour former la grappe, lui s’intéressait à la ligne verticale où différents rythmes, timbres et lignes se produisent simultanément. Je ne pense pas pouvoir composer comme ça mais j’aime bien l’idée de différents mouvements se produisant en même temps et créant ainsi une tension dans le paysage sonore. D’un autre côté, j’ai aussi beaucoup écouté YMA SUMAC, LES BAXTER, GOBELIN, SWANS, PINK FLOYD et ISLA DEL ROJO. Tous ont eu une influence sur moi.

Vous étiez d’ailleurs en tournée avec les SWANS et Michael Gira l’année dernière, je trouve que cela vous a pas mal influencé dans la structure et la construction des pistes …

Je les ai beaucoup écoutés avant même de partir en tournée avec eux, donc oui c’est sûr qu’ils ont eu un impact énorme sur moi. Je pense aussi que Michael et moi sommes comme des âmes sœurs quant à nos inspirations. Nous avons beaucoup de choses en commun. Il est une personne très inspirante et intéressante.

Je voulais aussi te parler de ta voix… Elle est parfois douce, parfois amère, parfois mélancolique, parfois plus névrotique, comment travailles-tu tout cela ? Cela vient-il naturellement avec la musique ou tu as déjà « les voix dans ta tête » avant la musique?

Habituellement, ça vient avec la musique. La musique m’aide à créer une énergie qui s’accumule au travail vocal. Avant de commencer à jouer, j’ai souvent une émotion ou une idée que j’ai envie d’explorer, c’est généralement le point de départ. Mais c’est plus facile pour moi de délivrer de bons chants avec des rythmes et des harmoniques autour.

Vu que je ne pense pas que tu puisses apporter un orgue dans ton tourbus, comment vas-tu retranscrire le son de « Dead Magic » sur scène ?

Je vais prendre mon orgue électronique C2 avec de grands samples d’orgues à tuyaux, quelques pédales d’effets et mon octatrack. Ce n’est clairement pas la même chose qu’un vrai orgue à tuyaux… Mais je vais compléter avec de nouveaux arrangements et donner au groupe un rôle plus important pour que la grandeur et la force des titres ne se perdent pas dans l’absence d’un orgue. C’est assez difficile mais en même amusant de retranscrire ces titres dans le cadre de club rock. Ils vont gagner en énergie et en fougue je pense.

Maintenant, quelle est la prochaine étape ? Peut-on s’attendre à une tournée bientôt ? Peut-être en France?

La prochaine étape est une tournée européenne en Mars, juste après la sortie de l’album. Nous nous concentrerons principalement sur l’Allemagne et les Pays-Bas puis un concert en Angleterre et un en Suède. Je ne sais pas encore à quoi ressemblera le reste de l’année mais il y aura certainement plus de concerts, plus de tournée et sûrement un passage par la France.

Je te laisse le mot de la fin…

Si vous connaissez une église avec un bon orgue, s’il vous plait, contactez-moi ! Je rêve de faire une tournée complète avec un vrai orgue…

 

 

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