HELLFEST 2018 – Entretien exclusif avec le Directeur de la Communication : Alex Rebecq

Le Hellfest a révélé son affiche juteuse, les Pass 3 jours ont été écoulés en un temps record, nous sommes en 2018… Toutes les conditions se réunissent petit à petit pour le grand pèlerinage annuel qui annonce une fois encore, un très grand moment! Nous avons eu le plaisir et la chance de nous entretenir par téléphone avec Alex Rebecq, Directeur de la communication du festival. Cela nous a permis de faire un point en ce début d’année, nous vous laissons découvrir cet échange particulièrement intéressant.

En tant qu’organisateur, quelles sont vos fiertés concernant cette cuvée 2018 ?

Bon alors déjà faut que je me les remette en mémoire (rires) ! Alors déjà il y a Maiden qui revient, ça c’est quand meme cool. On a mis un gros point d’honneur avec la War Zone cette année avec pas mal de groupes sympas comme Uncommonfrommars qui revient. Après même si le groupe est ce qu’il est, c’est quand même une fierté d’avoir Monsieur Johnny Depp à Clisson, ça reste quelque chose. C’est con à dire mais c’est quelqu’un qui a une renommée internationale qui vient à Clisson donc c’est aussi bon pour le rayonnement de la région et de la ville, c’est quand même une belle chose de pouvoir accueillir un artiste comme ça. Content aussi d’accueillir à nouveau Judas Priest, c’est quand même sympa. Pour le festival on a quand même 170 groupes, et pour nous c’est difficile d’avoir ce recul et de pouvoir indiquer ce qu’on est fière d’avoir. En fait c’est plutôt un tout car nous sommes fières de la globalité de la programmation !

Effectivement d’ailleurs avec la longévité du Hellfest et la masse extrêmement importante de groupes qui sont déjà passés par Clisson, j’imagine qu’il devient de plus en plus compliqué de se renouveler en termes de programmation ?

C’est une très bonne question. En fait sur 170 groupes on a à peu près 50% de groupes qui ne sont jamais venus au festival, ce qui est quand même pas mal, ça fait un certain renouvellement chaque année. Après on est aussi conscient qu’il y a une catégorie de festivaliers pour lesquels si tu pouvais leur remettre chaque année Cannibal Corpse ou Napalm Death ils seraient heureux ! Donc chaque année on est obligé de faire un quota de renouvellement parce qu’il y a « des indécrottables » qui veulent revoir les mêmes groupes. Après on a des impondérables, c’est-à-dire des tourneurs qui nous disent « si tu veux tel groupe, tu devras prendre ce groupe et ce groupe qui sont en tournée », donc on est obligé de les prendre et après ce qui est dur c’est d’avoir quelques pépites qui nous tiennent à cœur. Par exemple on avait bataillé pour la reformation d’Emperor, ou celle de Carcass… Mais je ne te cache pas que chaque année oui on essaie de se creuser la tête et de trouver un bon mixe entre les grandes têtes d’affiche, les impondérables, les groupes qu’il faut faire venir, les groupes que tout le monde veut voir mais qu’on a déjà vus, bien qu’on ne va pas les mettre chaque année ce n’est pas possible… Et après il y a toute la scène émergente et les nouveaux groupes qu’on propose. Mais voilà il faut retenir que 50% de renouvellement sur 170 groupes c’est quand même pas mal !

La programmation du Hellfest continue d’être toujours aussi diversifiée, cette année il y a même de l’électro avec Carpenter Brut. C’est peut-être même votre affiche la plus variée, qu’en penses-tu ?

Nous on a toujours travaillés sur la mixité des genres et la mixité de notoriété on va dire. L’idée de base du festival était de rassembler des groupes qui remplissent des stades avec des groupes qui peinent à remplir un café-concert dans une petite tournée. L’année dernière on a fait Pertubator là on fait Carpenter Brut, oui il y a de l’électro mais c’est aussi des groupes qui font parler et la musique et les tendances ont changé. Tu vois c’est la 13e édition, y a 13 ans des groupes comme ça n’existaient pas, maintenant ils sont complètement considérés, ils ont leur place et on est très contents de les produire. Maintenant tu te doutes bien que nous on a 6 scènes, on va dire 5 scènes parce que la 1 et la 2 regroupent un peu le même genre de groupe, c’est un peu difficile pour nous de représenter l’intégralité de tous les styles. On essaie, mais tu vois pour une scène comme la Temple, quand tu commences à mettre du doom, du pagan, du dark ou du black et bien au bout d’un moment on se dit qu’on a pas assez pour tout représenter à ce niveau là. Il y a tellement d’étiquettes différentes que ça nous semble délicat de représenter tous les mouvements. On essaie d’en faire le maximum mais c’est quand même difficile de tous les mettre. Mais maintenant tout le monde arrive à s’y retrouver, je pense pas qu’il y ait un style qui soit pas vraiment représenté. Et si ce n’est pas fait c’est pas parce qu’on aime pas, mais parce que ça n’a pas pu se faire.

Lorsque l’affiche a été dévoilée, une forme de réprobation s’est manifestée sur les réseaux sociaux, et en particulier dans les commentaires de la page Facebook du festival. Quel regard y portes-tu ?

Je suis assez partagé à ce niveau-là. Quand on a fait le lancement, quand on a vendu nos places à 13h13 tout le monde était content. Maintenant on ouvre la billetterie avant d’annoncer la programmation, et quand on a annoncé les premiers groupes, ça nous a mis la puce à l’oreille quand on a balancé Maiden… C’est vrai que maintenant les gens veulent du gros, de la surprise, des groupes comme Metallica et en fait tu t’aperçois que quand tu mets quelque chose, à plus de 415 000 personnes qui suivent l’actualité du festival, tu ne peux pas mettre des groupes qui vont fédérer l’intégralité de nos fans. Quoi que tu mettes, tu t’aperçois qu’il y aura toujours des gens qui auront quelque chose à dire. Mais on se rend aussi compte que les gens ne se rendent plus compte de ce qu’est le groupe en lui-même, ils attendent plus les surprises, parce que tu vois, aller voir Iron Maiden c’est quand même cool quoi, c’est quand même quelque chose, on s’est battus pour les avoir, c’est la 2e fois qu’on les propose. Mais alors oui si les gens attendent toujours Metallica, et bien ils râleront toujours tant qu’il n’y aura pas Metallica. Mais tu t’aperçois aussi que les gens qui nous suivent sur les réseaux sociaux, ce n’est pas forcément l’intégralité de notre public. C’est peut être aussi un public plus jeune qui n’a pas les mêmes attentes. Par exemple pour Maiden il y a eu des déceptions parce que les gens connaissaient déjà, pour Manson ils étaient contents, quand on a annoncé A Perfect Circle il y en a eu pas mal qui ne connaissaient pas, et il y en a même eu qui ont dit pour Body Count « Qu’est-ce que c’est que cette musique de racailles ? » ! Tu te dis bon que là quand même on est en train de parler de Body Count, je vais pas t’apprendre ce que c’est que la musique mais c’est quand même un gros classique, c’est hyper bagarre, c’est hyper voyou, c’est vraiment cool d’avoir un truc comme ça ! Mais bon, je pense qu’il ne faut pas trop se focaliser sur les réactions des réseaux sociaux parce que tu ne sais pas trop qui est derrière, les gens regardent souvent que leur nombril et attendent que leurs attentes et que tu ne peux pas satisfaire tout le monde, même avec 170 groupes, c’est pas possible… Donc il y aura toujours des haters, et malheureusement c’est souvent les mécontents qui se manifestent plus que les contents. Mais ça on le voit sur tous les festivals.

Petite question que je me pose, est-ce qu’il y a un « quota » ou une forme de « quota » pour les groupes français ?

Non aucun quota, c’est en fonction de l’actualité, des disponibilités, des coups de cœur… On essaie de représenter la scène française parce qu’on est en France mais on ne se dit pas qu’il faut tant de groupes français pour représenter la France au Hellfest. On peut avoir des éditions où il y a beaucoup de groupes français, et d’autres où il y en a moins. C’est plus une question de feeling, de disponibilité, d’échanges, de négociations puisque tu te rends bien compte que tout est négocié et qu’il faut trouver des arrangements. Et bien sûr il faut que les groupes soient disponibles et qu’ils aient quelque chose à proposer.

La dernière fois que Maiden est passé nous avons eu droit à un show spécial avec l’album Seventh Son of a Seventh Son. Est-ce qu’une surprise du même style est prévue ?

Je peux pas te dire je n’ai pas l’info.

Est-ce que Tool a été envisagé dans la programmation ? Ils ne sont encore jamais passés par la case Clisson

Ah bien sur qu’on essaie d’avoir Tool, mais Maynard est en tournée avec A Perfect Circle donc il a refusé de jouer Tool pour pouvoir mettre en avant A Perfect Circle. Maynard est déjà venu en 2016 avec Puscifer, là c’est la 2e fois qu’il vient sur le festival et évidemment c’est une très grande nouvelle mais l’intérêt est de réussir à charmer cet artiste pour réussir à récupérer Tool.

Le Hellfest est coutumier des reformations. Cette année il y a notamment Pleymo, good news pour les fans de la première heure !

Moi c’est pas ma scène parce que je pense que je suis trop vieux pour Pleymo, mais c’est quelque chose qui a été plutôt bien accueilli effectivement ! Comme le retour de Limp Bizkit.

Deftones, Parkway Drive, Body Count… Il y a plusieurs groupes que le Hellfest programme en exclusivité en France, comment avez-vous réussi à gérer cet aspect qui contribue à renforcer la valeur du festival ?

Ce sont des négociations qui sont faites directement avec le programmateur, en l’occurrence Benjamin (Barbaud, ndlr), et en fait il négocie d’avoir l’exclusivité sur les festivals français, donc évidemment derrière c’est une affaire de portefeuilles. Et oui, c’est toujours comme ça.

Un petit mot sur la tournée « Warm up » 2018 ?

Ce projet a quelques années, il a beaucoup grossi. En fait, il a un intérêt initial : tu vois il y a des gens qui ne peuvent pas venir au Hellfest, soit pour des problèmes de places, soit d’emploi du temps ou autres… Donc l’idée est un peu de déplacer le festival, de créer des soirées de rencontre un peu sympa où tout le monde se retrouve pour faire une grande soirée ensemble. Au début on faisait juste des soirées dans des bars, on travaillait avec des barmans et on faisait des playlists. Après on avait quelques bénévoles, on prenait un petit camion, on arpentait et on faisait 3 ou 4 dates. Et depuis l’année dernière on part en tour bus avec un groupe, et cette année on développe le concept, on part avec Ultra Vomit qui va proposer un show spécial Hellfest, avec des animations, des cadeaux et en plus on s’offre un groupe de reprises de Pantera hyper bien. Donc ça fait quelques jours d’animation où le Hellfest part sur les routes, les gens sont plutôt contents qu’on se déplace. Quand on a annoncé les dates je ne te cache pas qu’il y a eu des déceptions parce que les gens voudraient qu’on fasse toutes les villes de France et de Navarre, mais c’est impossible. Le festival arrive un mois et demi après, c’est quand même intense, on fait 13 dates c’est très lourd pour nous, on ne peut pas faire 26 dates… Mais voilà le Warm Up a été lancé, ça s’annonce très bien, ça va être une très bonne occasion de faire la fête et de se rencontrer. En quelque sorte, on essaie de proposer une opération de proximité. Si les gens ont des questions on est toujours très contents d’y répondre et ça permet de savoir ce qu’ils pensent.

Il devient de plus en compliqué d’obtenir son sésame pour le Hellfest. Cette année, en seulement 36 heures c’était réglé. Est-ce une fausse bonne nouvelle ?

Ah ça disons qu’on est « victimes de notre succès »… Les places partent effectivement très vite. Mais nous en tant que producteur de spectacle, le fait de vendre tous nos billets rapidement, ça nous permet de clôturer le budget et de pouvoir travailler sur les installations, les décors, les services… Donc c’est quand même super. La tare quand tu montes un festival c’est de pouvoir fixer le budget. Une fois que tu as vendu les billets, tu peux te dire « on est en mesure de faire ci ou ça ». Si on se retrouvait à toujours galérer pour vendre des places, ça ne nous permettrait pas d’avancer. Pour tous ceux qui n’ont pas leur billet, généralement tu vas sur les réseaux tu parviens toujours à trouver. Ça se fait. Mais on ne peut pas mettre un quota de places en vente et en remettre plus tard. Pour nous plus la billetterie part vite, mieux c’est. Au hellfest on fait beaucoup d’immobilisations, de projets qui ne sont pas soldés en une années mais en 5 ou 7 ans, les financements sont très lourds. Mais après j’ai envie de dire que c’est pas nous qui les vendons rapidement mais plutôt les gens qui les achètent rapidement ce n’est pas pareil.

Vous tablez sur quelle population cette année ?

Environ 55 000 festivaliers par jour.

A quand la vente des pass « un jour » ?

Alors on peut pas le dire, j’ai pas vraiment de date à donner parce qu’on ne fait pas de rétroplanning. Dans ce genre d’économie c’est impossible. Mais les gens raisonnent différemment. Il y a la personne qui n’est dispo que le vendredi donc elle veut la place du vendredi, il y a des gens qui ne veulent que le jour où Iron Maiden va jouer… Donc on est vraiment obligé d’annoncer jour par jour quand les groupes joueront, et ensuite en fonction on mettra la billetterie à la journée. Mais ça va partir très vite, l’an dernier ça s’était passé comme ça.

Quelles critiques formulées à l’égard de l’édition 2017 souhaitez-vous parer pour 2018 ?

En fait on a eu plus de compliments que de critiques, mais les gens se sont plaints de la météo et de la poussière. Donc oui évidemment le sol est calcaire, dès qu’il fait chaud et que les gens commencent à se mettre sur la gueule dans le pit et bien ça provoque de la poussière… On y travaille mais on ne peut pas terrasser tout le festival. De même que si il pleut on ne peut pas abriter 55 000 personnes. A notre niveau on ne peut pas contrôler la météo. Mais sur les autres festivals c’est pareil, tu vois au Waken il pleut les gens ne se plaignent pas, au Download il fait chaud et il n’y a pas d’endroits pour se mettre à l’ombre bah c’est comme ça… Mais tu t’aperçois qu’il y aura toujours quelque chose à redire. Si je reviens sur le terrassement par exemple, et bien on s’est renseigné mais c’est hors de prix. Alors on regarde pour le faire selon certaines zones, on s’est renseigné pour mettre une pelouse adaptée aussi mais c’est des budgets colossaux car le site est immense. A chaque édition, quand les gens se plaignent de quelque chose, on essaie de le résoudre. Et chaque année on essaie en même temps d’évoluer, mais ce n’est que quand le festival est passé qu’on peut savoir ce qui fonctionne ou non. On sait par exemple que les gens font la queue pour le merchandising, ça c’est vrai que c’est très difficile. Mais si on décidait d’ouvrir plutôt le merchandising, ça n’empêcherait pas qu’il y aurait toujours la queue ! Mais on y travaille, on y réfléchit. Et d’une année sur l’autre on ne peut pas solutionner tous les problèmes. En termes de réflexion, de temps, de budget, c’est trop lourd. Donc on avance au fur et à mesure.

Le Hellfest a quand même levé le degré de satisfaction très haut année après année.

Oui, on sait qu’on est face à un public exigeant. C’est un public de passionnés, et quand tu es passionné tu es exigeant. On essaie, d’ailleurs c’est exactement le verbe, on essaie de faire au mieux. Maintenant il faut bien se rendre compte qu’on est à Clisson, que c’est un festival qui accueille 55 000 personnes donc nous on invite les gens à la réflexion : voyez ce qu’on fait mais voyez aussi ce qui se fait à côté et comparez. Quoi que tu fasses les gens auront toujours quelque chose à dire pour que ce soit mieux, parce que chacun regarde sa petite histoire, son nombril… « Moi j’aimerai bien…parce que je suis vieux, parce que je suis petit, parce que j’ai faim, parce que j’ai soif… » Mais nous on essaie de proposer des solutions qui s’adaptent à la majorité, mais on est bien conscient que ça ne satisfera pas l’intégralité, c’est impossible.

En tout cas je te souhaite que tout se déroule au mieux pour cette année, il n’y a pas de raison! Ça sera tout pour moi, encore merci pour ton temps et bon courage d’ici juin !

Et bien merci à toi et bonne continuation !

Remerciements : Alex et Roger (Hellfest Production)

Plus d’infos sur www.hellfest.fr et sur la page Facebook du festival

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