INTERVIEW d’AMENRA : « Créer est devenu un mal nécessaire, c’est ce que nous faisons. »

À quelques semaines de la sortie de leur nouvel album, « Mass VI » ( 20 Octobre ), on a eu l’occasion de poser quelques questions à Colin H. Van Eeckhout, le chanteur du collectif belge AMENRA… Une plongée dans les entrailles de ce groupe hors-norme et hors du temps…

Julius : Comme le dit votre promo, vous ne vous arrêtez jamais vraiment, vous êtes toujours actifs ( performances et enregistrements acoustiques, collaborations avec d’autres artistes etc… ). Alors quand avez-vous le temps de créer pour AMENRA et comment naît ce besoin de créer ces différentes « messes » ??

Colin : Ce n’est pas très clair pour nous non plus en fait. En effet nous n’avons pas vraiment de temps, on travaille tous dur et sur tout les projets sur lesquels on s’engage. Créer c’est comme relever le défi, nous le faisons chaque fois que nous pensons qu’il est possible de le faire. Une volonté. Un moyen. Créer est devenu un mal nécessaire, c’est ce que nous faisons. Quand l’eau commence à trop monter et que l’on re-commence à « se noyer », il est alors temps pour nous d’écrire une nouvelle « Messe ». C’est comme une page de notre journal collectif. C’est notre histoire.

Je sais que « Mass VI » est un album d’AMENRA, ni plus ni moins, mais a quoi doit-on s’attendre cette fois-ci ? Je me doute que vous n’allez pas nous pondre un concept album mais vous avez forcément évolué depuis « Mass V » et vos autres albums, alors qu’est-ce qui change au final ? 

Au-delà de tout ça, c’est surtout le premier album sur lequel Levy a activement participé. C’est une étape importante dans notre existence. C’est notre survie et un soulagement aussi d’avoir réussi à écrire un nouvel album. Il n’y a pas de certitude dans la vie. Nous sommes actifs depuis presque 20 ans. Nous avons écrit plus d’albums que nous ne pouvions l’espérer. Et il devient de plus en plus difficile, de colorier entre les lignes qui sont si bien dessinées dans nos têtes.

Selon toi, de quoi traite ce « Mass VI »

De la mort d’un parent, de la maladie d’un enfant, de l’incertitude de la vie, de la quête du bonheur. De tout ce qui nous est arrivé au cours des cinq dernières années. Il y a de l’amour aussi. Et il y a la lutte envers et contre tout ce qui peut menacer cet amour. Il y a aussi le désir de trouver une tranquillité. La beauté du silence. L’obscurité de la douleur.

Je crois que c’est la première fois que vous utilisez le chant clair au sein d’AMENRA, comment s’est « imposée » cet idée ?

Parce que j’ai senti que c’était nécessaire à l’histoire. Et ça a amené le titre à un niveau supérieur. Cela a simplement eu du sens lorsque je l’ai entendu dans ma tête. Ma voix intérieure l’a vraiment chanté comme ça, avant même que quelqu’un d’autre ne puisse l’entendre.

De même, c’est la première fois que l’on a un chant clair et en français, il me semble non? Pourquoi le choix du français ?

Parce que l’utilisation de la langue française a été, pour moi, directe, elle est passé de la tête au coeur. Ces mots exacts, en français, veulent dire bien plus de chose qu’ils ne le font dans une autre langue, ils avaient plus d’impact, c’est pourquoi j’ai changé de langue. Nos chansons sont collectives, elles appartiennent à nous tous. Quelle que soit la langue que nous parlons. Si vous parlez avec votre cœur, il y aura une signification. Toujours.

J’ai, à chaque fois, vécu vos albums et encore plus vos lives comme de véritables catharsis, un ascenceur émotionnel. Pour moi, « Mass VI » est de la même trempe… Mais en est-il de même pour vous ? Mettez-vous toutes vos émotions dans AMENRA et jusqu’à quel point cette musique « guérit » / transcende vos blessures ? 

C’est pareil pour moi.  Et nous essayons toujours d’écrire de cette façon,  jusqu’à ce que nous en ayons des frissons, de  la chair de poule ou même les larmes aux yeux.  À ce moment là, nous savons que nous avons touché quelque chose de profond. Quelque chose de digne, quelque chose que l’on peut présenter au Monde.

 

Comment allez-vous transposer ces « nouvelles » sonorités/émotions sur scène ?? Y avez-vous réfléchi au moment de la composition et de l’enregistrement ? 

Pas du tout, et nous n’avons encore aucune idée de comment nous allons y arriver. C’est la première fois que nous avons écrit sans aucuns compromis, sans vraiment y réfléchir. Partie de guitare après partie de guitare, ligne vocale après l’autre. Quand tu es en studio, tu n’es pas en souffrance, je veux dire, c’est un environnement artificiel, notre tâche consiste maintenant à trouver des moyens de traduire cela sur scène.

Peux-t-on donc s’attendre à une grosse tournée européenne et peut-être des festivals ou vous souhaitez rester discret et faire de vos apparitions un événement ? 

Attendez-vous à plus que vous ne pouvez espérer.

Pour l’artwork, vous avez choisi de travailler avec Stephan Vanfleteren, le photographe belge, comment vous êtes vous rencontrés ? Le fait qu’ils viennent comme vous de Belgique, de la même ville que vous, a-t-il été déterminant dans ce choix ?

C’est notre ami et photographe, Stefaan Temmerman, qui avait fait les illustrations de « MASS V », qui nous a présenté. C’est un artiste incroyablement inspirant et inspiré. Ils le sont tout les deux d’ailleurs. La ( leur ) passion est fascinante, je cherche des gens comme ça. Cette énergie qui brille dans leurs yeux. D’autre part, c’est vrai que nous venons de la même région. Nous savons où nous avons grandi, nous avons inhalé le même air, joué aux mêmes jeux, avons chanté les mêmes chansons lorsque nous étions gosses. Nous savons tous exactement d’où nous venons. L’honnêteté dans son travail, et son œil était donc le meilleur choix pour mettre en image la musique de cet album. La fin du cygne, gracieux mais féroce. La beauté de la mort. L’innocence. Le désir d’être le dernier.

 

Comment avez-vous travaillé avec lui ? Si tel est le cas, penses-tu que son travail a influencé AMENRA ou qu’AMENRA a influencé son travail ? 

Je peux seulement parler pour moi… et je peux dire que son imagerie et sa personnalité m’inspirent personnellement. Il est le genre d’homme qui essaie de vous apprendre à faire du feu, il ne vous passe pas seulement la torche…

Merci infiniment de ton temps, je te laisse le mot de la fin…

Puisse les vents me porter jusqu’à notre prochaine rencontre…

Crédit photo @Stephan Vanfleteran

Commenter cet article

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.