Interview : Entretien avec 6h33 qui nous parle notamment de leur nouveau show

Si vous deviez suivre un groupe original, perfectionniste, efficace et prometteur en France ça serait bien évidemment 6h33. La dernière fois que nous les avions rencontrés, c’était il y a 4 ans au Hellfest. Cette année, nous avons voulu faire un point avec eux parce qu’il faut bien le dire, ils nous ont manqué! De retour avec un nouveau show, et déjà au travail pour un nouvel album, 6h33 est boosté à fond! Rorschach (chanteur) et Nicko (guitariste/compositeur) nous racontent tout ça.

La dernière fois qu’on s’est vu c’était au HF 2013: The Stench From The Swelling venait de sortir et vous m’aviez dit que quand on se reverrait vous auriez évolué : 4ans se sont écoulés, est-ce qu’on peut faire un point sur cette évolution ?

Rorschach : Alors écoute, moi je suis rentré dans ce groupe à l’époque juste avant la sortie de The Stench From The Swelling donc en fait la grosse différence c’est qu’Arno Strobl était sur l’album à l’époque, et ensuite il est parti. Donc déjà, ça a changé pas mal de choses, moi j’arrivais dans le groupe, avec une voix un peu différente quand même, ce qui ouvrait d’autres possibilités. Je pense que le style de musique s’est peaufiné aussi, et c’est la première fois qu’on a travaillé tous les 3, enfin Howahkhan (claviers & machines de 6h33, ndlr) et Dietrich. Et on avait une façon de travailler qui était nouvelle pour nous tous et qui a fonctionné, donc on a fait Deadly Scenes qui est sorti en 2015. C’est le fruit de cette première collaboration pour un opus qui devait être au moins à la hauteur de celui d’avant, donc pas mal de pression. Le style a évolué et s’est fluidifié au fur et à mesure de l’avancée de l’album j’ai l’impression. Visuellement on s’est développé aussi, notamment avec le dernier spectacle qui s’appelle Asylum picture show 2.0. On a maintenant un écran qui est dans une sorte de miroir, un peu à la Tim Burton, et beaucoup de lights. On a étoffé l’équipe d’une nouvelle « lighteuse » de 20 piges qui est barjot et qui nous a ramené plein de trucs. Du coup on a développé un univers sur scène qui collait au mieux avec la musique. Là on est arrivé à quelque chose d’assez satisfaisant. On a fait une avant première au Divan du Monde en avril qui s’est bien passée, on a fait 2/3 autres dates qui se sont bien passées, donc on est contents, on est bien… Un peu la gueule de bois, mais on est bien (rires)!

Par rapport à ce nouveau visuel de concert, maintenant tous les concerts de 6h33 vont le reprendre?

Niko: Ouais, on a mis en place tout un nouveau spectacle. Et honnêtement la première fois qu’on a fait tout ça, à la fin on s’est dit qu’on ne se voyait plus jouer sans. C’est vraiment un sixième membre et maintenant ça va toujours nous accompagner. Même dans le futur quand on sortira le prochain album, on réadaptera tout ça en fonction mais on va toujours garder ce schéma.

Rorschach : Voilà c’est vraiment un sixième personnage sur cet écran. Parce que toutes les voix qui sont sur l’album et qu’on ne peut pas faire physiquement, en fait on leur a donné vie dans l’écran, donc ils s’incarnent dans des personnages en corrélation avec le thème du morceau. Il y a aussi la chanteuse, qui est une comédienne dans l’âme, qui s’est mise en scène, qu’on a filmé de plein de façon différentes, tout comme nous tous, on s’est tous mis en scène avec toutes ces voix, on s’est tous filmés. Il y a vraiment un nouvel élément très important du groupe et on ne peut plus s’en passer.

La production de tous ces films a demandé combien de temps ?

Niko : ça a mis 8 ou 9 mois.

Rorschach : Non plus que ça parce qu’on a commencé en juillet et on a fini en mars pour faire le concert en avril. ça a été beaucoup de boulot. Toutes les images filmées, il a fallu les monter… Niko est allé chercher beaucoup d’images libres de droit pour étoffer tout ça.

Niko: Egalement beaucoup de vieux films, de vieux dessins animés qui sont tombés dans le domaine public.

Rorschach : et il s’est initié sur pas mal de logiciels pour faire tout ça. Donc Nicko ces derniers mois, il en a chié!

Ca demande quelle organisation technique et logistique un show comme celui-ci ?

Rorschach : Alors on est obligé d’avoir un camion plus conséquent, une roadie qui nous aide énormément, la lighteuse… Ecoute la première fois au Divan du Monde on a mis 3h à s’installer… Ce qui est énorme. Le lendemain on en a mis que 2. Donc tu vois ça progresse. Mais ça prend beaucoup de temps et on fait tout nous même. La logistique voudrait qu’on ait 4 roadies, mais on en a qu’une et on la paie même pas !

Niko: Mais si on la paie (rires)

Rorschach : Excuse moi Jenny on t’aime, je la tacle la pauvre. Je savais pas, tu passeras à la compta (rires). Mais voilà on a la chance d’avoir des gens qui sont super motivés et qui font que ça marche parce que nous 5 on ne pourrait pas s’en sortir. Il y a une grosse équipe derrière : 3 ingé son qui tournent, 2 ingé light… Voilà, beaucoup de monde qui nous aide.

Ca reste compatible avec une tournée ce genre de logistique ?

Rorschach : Ecoute la tournée ça serait génial mais c’est compliqué à mettre en place. On va essayer de trouver de bonnes choses à faire en France mais pour pas te mentir on vise pas mal l’étranger : On vise pas mal le Japon, pas mal l’Asie… L’Europe on a vu que ça marchait bien et que le public était quand même plus ouvert, plus facile. En France c’est quand même pas évident de faire bouger les gens. Au Divan ça a marché c’était blindé mais on s’est sorti les doigts! En Province, il te faut une structure un peu solide, donc soit on arrive à intéresser quelqu’un avec ce qu’on a là, soit pschhhtt… Là on a fait ça, maintenant qui nous veux? C’est tout frais donc on va essayer de pousser un peu le truc avec 33 degrés qui est notre manager tourneur… Et, Inch Allah !

En 2013, vous m’indiquiez votre choix de ne pas intégrer de label parce que vous vouliez travailler avec des gens qui veulent travailler avec vous. Depuis vous avez intégré Kaotoxin Records, comment ça se passe ?

Nicko : alors les labels sont une grande histoire chez nous. En fait chaque album est sur un label différent. Et là Kaotoxin vient de fermer… Donc comme à l’accoutumée, le prochain sera sur un autre label! C’est l’histoire de notre vie.

Pas d’attache.

Voilà exactement. Enfin là on serait bien resté chez lui parce qu’il fait du super bon boulot, il a fait un boulot incroyable, mais bon voilà c’est comme ça, c’est la vie…

En parlant de nouvel album, vous avez commencé à travailler dessus?

Nicko: Alors en fait le truc c’est que j’avais commencé quelques démos avant de monter le spectacle, et j’ai voulu continuer en parallèle de la vidéo et au bout d’un moment on avait la deadline du 20 en fait pour le Divan du Monde. Et on savait qu’avant le 20 il fallait que ça soit fini. Du coup je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de faire de la musique, même si on est des musiciens et qu’on préfère faire de la musique que de la vidéo. Moi la vidéo c’est pas mon truc à l’origine, je l’ai fait parce qu’on a voulu un petit peu garder la main mise là-dessus, mais au bout d’un moment il a fallu arrêter de faire de la musique sinon je m’en serai pas sorti. ça a été dur et pénible mais il fallait mettre tout ça en pause. Là on vient de s’y remettre, on va vraiment attaquer les choses sérieusement et avant la fin de l’année il sera fini.

Rorschach : Wow wow wow! Ouais il sera fini de composer à peu près dans l’idée! (rires)

Et on peut s’attendre à quoi?

Nicko : Rien n’est programmé mais c’est une image en fait. Moi il me faut toujours une espèce de tableau. Tu vois même si c’est pas une histoire, il me faut un tableau avec des couleurs, avec une « situation » et c’est comme ça que je compose. Il me faut ce côté visuel, je dois habiller musicalement un tableau, sans vouloir faire trop kéké tu vois ce que je veux dire… Il faut une petite couleur. Deadly scenes je le trouvais très blanc, très lumineux, et j’aime bien quand une image fonctionne avec un album. Notre premier l’album comme le contenu c’est le bordel. J’aime que l’image colle à la musique. J’ai toujours aimé gamin ce lien entre le packaging et le CD. Télécharger le mp3 sans avoir vu la jaquette pour moi ça a pas de sens.

Rorschach : Faut que tout soit cohérent sinon ça sert à rien. On travaille là-dessus et c’est aussi pour ça qu’on en est arrivé sur le spectacle, parce qu’il manquait ça en fait. Sinon on se perd en plus dans le truc, pour que ça ait une sorte de logique et que ce soit intelligible il faut que ce soit clair pour nous aussi.

Nicko : Ouais et puis ça accompagne l’auditeur, ne serait-ce qu’en concert, ça participe à l’immersion. C’est pas 2 mecs en jean teeshirt. Et ce qui m’énerve c’est quand un groupe a un côté visuel très prononcé, et tu écoutes la musique, ça n’a rien à voir…

Rorschach : T’es pas obligé d’avoir une esthétique de fou mais il faut qu’il y ait une cohérence. Il y a toujours un moyen de trouver quelque chose qui soit cohérent.

Un rapide mot sur les clips. Vous en avez sorti 2 récemment (« I’m a nird » qui dure 7:54, et « Black Widow » qui dure 8:54). Les clips d’une telle durée sont-ils conçus à la manière d’un court métrage ?

Nicko : Ouais et encore, et encore on a retenu le réalisateur! Vraiment! Il s’appelle Rusty J. Matalou, il avait fait Black widow. On a filmé pendant au moins 4/5 jours et quand il a fini le clip il y avait 12 minutes de film quoi! Y a que Mickael Jackson qui fait ça et nous on est pas Mickael Jackson, les gens au bout de la première minute ils vont se dire « attends c’est vraiment un clip musical ça?« . Donc ça a pas de sens tu vois, la musique commençait après 2 min 30! Donc on a charcuté le clip.

Rorschach : On a fini le travail avec une petite graphiste qui nous a fait un truc mortel. On était investi sur ça, sur le spectacle, mais on peut pas tout faire, on fait pas du punk… Sans préjugé pour le punk! Mais c’est pas une guitare, une basse, une batterie et c’est parti « 3, 4!« . Il y a vraiment beaucoup de taf.

Merci les gars, c’était ma dernière question. Rendez-vous dans 4 ans on se fait un nouveau point ?

Rorschach : (rires) ça marche !

Credits photos @ Carolyne Shü – Tous droits réservés

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