Chronique : TAU CROSS – Pillar Of Fire ( Relapse Records ) note : Motorhead/Killing Joke

Quand on voit le C.V. des membres de ce « Collectif International de Punk » ( c’est ainsi qu’ils se présentent ), on aurait tendance à y voir un énième super-projet parallèle où chaque membre ne fait que cliquer sur son clavier pour envoyer à ses petits collègues le meilleur riff composé entre deux tasses de café, le cul vissé dans un canapé en cuir. Encore un énième moyen détourné de se faire deux ou trois billets histoire de faire consommer les fans et de relancer une carrière en bout de course, artistiquement stérile, entre compilations « ultimes » et tournées d’adieux à répétition. Mais avec TAU CROSS, monstre hybride contenant le leader d’AMEBIX, Rob « The Baron » Miller, le batteur de VOIVOD, Michel Langevin, ainsi qu’Andy Lefton, Jon Misery, James Adams et Tom Radlo, tous membres d’obscurs groupes de crust-punk ( MISERY , WAR // PLAGUE ), l’histoire ne se répétera pas. En effet, ce « super-groupe » se fiche pas mal des conventions et de l’aspect financier des choses, ces gars ne font pas parti de cette génération tout internet et n’en respectent donc pas les codes, ils n’en font qu’à leur tête et restent, selon moi, artistiquement convaincants et réellement punk dans l’attitude.

Preuve en est ce nouvel album, « Pillar of Fire » : Onze chansons nerveuses, authentiques, parfois crues et cruelles, parfois plus émotives et mélancoliques.  Une énergie brute, une sorte de mélange batard entre MOTORHEAD et KILLING JOKE avec des arrangements sombres et puissants… Mais pas que ! TAU CROSS se révèle également étonnant dans sa propension à proposer des ballades totalement dark-folk. Pour un groupe qui, selon moi, allait nous pondre un album truffé de riffs crust-thrash, « Pillar Of Fire » m’a impressionné à maintes reprises. Ces musiciens expérimentés ont, au contraire, réussi à amener de la profondeur dans leurs musique grâce à des harmonies de guitare, des mélodies accrocheuses et des structures solides et bien assemblées. Le côté rock and roll fougueux est indéniable et ne fait qu’accentuer « la magie » qui opère sur l’auditeur.

Vous l’aurez compris, le spectre musical de TAU CROSS est vaste et l’écoute ne s’en veut donc que plus passionnante… L’album s’ouvre sur le sombre et mystérieux « Raising the Golem » avec une intro aux effets sonores voïvodesque qui explose rapidement une batterie rapide et hypnotique. Bien vite les voix rocailleuses d’un Miller aux abois entrent en scène pour mieux soutenir le riffing punk-thrashy. On est tout de suite dans le vif du sujet, cet espèce de « crust-prog’ metal » que j’essaie de définir depuis la première écoute. On enchaine vite sur « Bread and Circuses » et sa mélodie lancinante pour passer à « On the Water ». Ici, les vocaux mais également la construction, simple et concise rappelle clairement la puissance de MOTORHEAD. De même qu’un titre vibrant comme « Killing the King » avec des rythmes impitoyables, sévères, une trame atmosphérique et mystique en font, pour moi, un hommage à KILLING JOKE et un des points culminants de cet album.

La deuxième moitié du disque, avec notamment « White Horse » et « RFID », ré-injecte une énergie plus punk, plus engagée vers la contestation et la réflexion. De même l’écrasante « Seven Wheels » délivre une belle ornementation avec un très bon travail sur les atmosphères.  Mais le réel contraste vient avec les pistes dard-folk acoustiques, profondes et calmes qui viennent parsemer l’album. « Pillar Of Fire » ou encore « The Big House » sont les véritables surprises amenant une teinte vraiment mélancolique et aérant l’ensemble grâce notamment à des voix plus chaudes, claires et puissantes du Baron Miller. « What is a Man », qui clôt l’album, viendrait presque tisser un lien avec des éléments plus traditionnels et folk, laissant l’auditeur sur une note profonde et affective.

« Pillar of Fire » est, de fait, très varié tout en restant « simple » et catchy, mais pas incohérent. Il s’appuie clairement sur ses « vieux maîtres » mais cela ne veut pas pour autant dire que TAU CROSS joue la facilité et ne propose pas une musique de qualité. Le groupe donne simplement la sensation de faire la musique qu’il aime, qui lui convient et dans laquelle ses membres se reconnaissent, comme un tout. En effet, la réputation de ses principaux protagonistes pourrait affecter l’anticipation de ce que TAU CROSS serait capable de créer, mais au final elle n’en dicte pas le résultat qui, selon moi, fonctionne très bien. Ce collectif se révèle donc être un projet bien différent de ce que ses membres ont fait par le passé. Mais il a su acquérir une cohérence et une sensibilité surprenante, un son bien à lui, tout en restant identifiable pour le fan de métal.

 

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