Chronique : SÓLSTAFIR – Berdreyminn ( Season Of Mist ) note : Eyjafjöll/10

À son origine, au milieu des années 90, SÓLSTAFIR puisait son énergie dans le black metal à tendance viking. Mais force est de constater qu’au fur et à mesure des années et des productions, ces cowboys islandais ont réussi à complètement quitter les terres métalliques pour mieux se forger une identité propre et développer un son unique et distinctif.

En constante progression vers un rock plus subtil et délicat aux légers accents post-metal, le groupe trouve le succès avec l’excellent « Svartir Sandar » en 2011 puis « Ótta » en 2014.  Avec « Berdreyminn », SÓLSTAFIR annonce vouloir aller encore plus loin en révélant une myriade d’influences toujours plus rock, plus folk, plus ambient, plus country mais aussi toujours plus éloigné de la sphère métal. Alors ce nouvel album saura-t-il avoir le même impact que ses prédécesseurs ? S’annonçant plus ou moins de la même trempe mais encore et toujours un peu plus « doux », « Berdreyminn » ne va-t-il pas décevoir les fans de longue date ou, va-t-il, a contrairio, encore lui ouvrir les portes du succès ?

À l’écoute, on retrouve bel et bien SÓLSTAFIR dans toute sa splendeur : ses mélodies typiques, minimalistes et efficaces. Mais on se rend bien vite compte d’une mise en retrait des guitares au profit de pianos et claviers devenant omniprésents, et la batterie toujours aussi discrète et volontairement « simple » ne fait que renforcer ce sentiment d’accalmie.

Passé le premier titre, « Silfur-Refur », assez classique, « Isafold » se démarque tout de suite par son énergie et ses mélodies roses floydiennes. Puis « Hula »,  où l’on sent qu’un gros travail a été fait sur les voix, Tryggvason y apparaît plus calme, moins écorché, moins criard ( ce qui se retrouve sur la grosse majorité de l’album ), il y est accompagné de chants féminins lyriques envoûtants. À mi-chemin, la mélodie se déplace crescendo, très post-rock et ambiante dans l’attitude puis les tonalités de cordes et de voix s’allient dans un mélange final unique et magistral, tout en fragilité. Dans la même veine, « Naros » et ses différents cycles, où les Islandais observent une cassure rythmique comme une explosion métallique qui vient bouleverser le paysage, noircissant instantanément le ciel nacré. Suit « Hvit Saeng » qui reste dans cette même atmosphère mélancolique. Puis cette petite comptine au piano « Dyrafjordur » ou encore la puissance mélo-dramatique des violons d’ « Ambátt »  continuent de nous promener dans les vastes espaces intérieurs et extérieurs, une magnifique invitation à l’introspection et à l’extrospection.  Enfin, l’opus se conclut avec « Blafjall »  le groupe nous emmène  au beau milieu de ses « montagnes bleues »… Un titre final plus terre à terre et donc plus heavy, les guitares y grondent sur une rythmique tournoyante qui vient alors rattraper l’auditeur déjà parti bien loin.

Ici, SÓLSTAFIR se veut l’incarnation de la roue des saisons, de la luminosité et des couleurs changeantes, des contrastes éclatants entre la beauté et les forces immortelles de la nature, des paysages impressionnants et inspirant pêle-mêle, mélancolie, désir, colère, joie, plaisir ou douleur… Sur « Berdreyminn », le groupe ne fait donc que continuer le mélange des mélodies hantées et des phases plus psyché toujours dans cette quête d’émotion pure. Dans ce sens, ce nouvel opus se veut assez éclectique, même si foncièrement rock. SÓLSTAFIR n’y brise pas les frontières du genre, il les ignore simplement. Ressortant toutes ses influences, les ré-organisant et les re-tissant pour créer de nouveaux modèles, collant plus à son image. De plus, la musique du groupe se veut toujours inspirée par son environnement unique, l’Islande.

En effet, son émotion musicale passe par tout cet incroyable éventail de paysages : des glaciers blancs aux mystères magmatiques, des champs à la mousse si verte aux fjords les plus profonds ; et des montagnes fissurées aux plages noires, cet environnement contribue indéniablement à la création de ces mélodies si naturelles et de ces explosions si rocailleuses, de ces riffs volcaniques et cendrés,  lents, doux mais ravageurs et flamboyants. De par cette force, SÓLSTAFIR parvient à éblouir les coeurs et provoquer les émotions à travers une musique aux mélodies éthérées, un « joyeux spleen » dans lequel on se complait, on s’enrobe tout entier… De ce fait, SÓLSTAFIR est unique et avec « Berdreyminn », il prouve bien que sa créativité n’est pas au point mort, bien au contraire.

 

Commenter cet article

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.